En mars dernier, j’ai eu la chance de shooter le backstage du nouveau clip de Cardri, jeune groupe franco-américain très prometteur. Ça tombe bien, je n’avais assisté au tournage d’un clip vidéo ! Super expérience mais je voulais en savoir plus sur le processus d’avant et d’après tournage. J’ai profité d’un déplacement sur Annecy pour interviewer Thomas (le réalisateur) afin d’en savoir un peu plus sur son parcours, son travail et ses petits conseils pour les débutants en vidéo.

D’abord, Thomas, ça fait longtemps qu’on se connaît, ça remonte à presque 10 ans (dans ch’nord) quand j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la vidéo. Eh oui, quand tu commences la vidéo, tu essayes de filmer ce qui te passionne. Moi, à l’époque c’était le skate et c’est là que l’on s’est rencontrés. En 2018, on se revoit lors du clip à Lille et aujourd’hui à Annecy, où il habite maintenant. Vous allez voir, il en des choses à raconter du haut de ses 27 ans !

Pour commencer, peux-tu nous parler de ton parcours ?

À 17 ans, j’ai commencé à organiser des concerts électro sur Douai et j’en ai profité pour les filmer. Grâce à ces concerts, j’ai rencontré plein de gens dans la musique (Mr Oizo, Kavinsky…) et ça m’a permis de réaliser des clips, des vidéos de soirée, des AfterMovie (résumé de soirée). C’était un très bon exercice ! Trois ans de clips de soirée à m’améliorer sans cesse. À chaque nouvelle vidéo, je me mettais un défi : j’essayais de raconter une histoire.

À 20 ans, j’allais beaucoup à Paris pour tourner et grâce au réseautage, j’ai rencontré le groupe PZK qui m’a proposé de réaliser un clip TV (là on fait un bond de 10 ans en arrière #CoupDeVieux).

Mon style se démarquait bien car à l’époque, très peu de personnes essayaient de raconter une histoire dans une vidéo de soirée de 3 min.

Pour l’organisation du clip, j’étais parrainé par la boîte de prod’ de Mickael Youn. J’étais à la préparation et réalisation : 25 personnes à diriger (dont 5 cadreurs, décorateurs…). Diffusion sur MTV, NRJ12, là on a dépassé les 2 millions de vues. Tu imagines bien que ça ouvre beaucoup de portes ! J’ai continué dans le milieu de la musique et puis dans la publicité web. Des vidéos pour des présentations d’applications mobiles…j’avais un peu de matos : un 5D ! À l’époque c’était la révolution.

À 21 ans, j’étais toujours étudiant en licence audiovisuelle à Valenciennes. Je bossais de plus en plus dans la vidéo (tous les soirs, le week-end), j’étais le seul autoentrepreneur de ma classe et j’ai eu envie de faire un court métrage. J’ai rencontré un scénariste qui m’a proposé un scénario sur la vie privée de James Bond, une comédie.

Ça m’a tout de suite plu, on l’a réécrit ensemble et je me suis lancé dans la production de ce film. Au début, je me suis dit « je me donne un an max, ça va être mon projet perso, je vais produire, réaliser et monter. »  Au final, ça m’a pris 3 ans, il dure 22 minutes et 100 personnes ont participé au film.

On a eu 10 000 euros de subvention de la Région Nord Pas de Calais. Diffusion dans 30 cinémas. 3000 spectateurs se sont déplacés pour voir le film en salle en France, Europe et USA.

Concrètement, c’était 10 jours de tournage à Paris, Lille et Londres avec une trentaine de personnes. Que des acteurs professionnels, initialement il devait y avoir Jean Pierre Coffe et Muriel Robin dans le film. Ça ne s’est pas fait pour une histoire de planning, mais ils étaient partants.

Pendant un an, à chaque fois que j’avais du temps libre, je préparais le film. Au plus je mettais un élément supplémentaire dans le film, au plus ça retardait le tournage. C’est pour ça que le délai d’un an pour tout faire, c’était juste de la préparation.

Je voulais que la postprod soit exceptionnelle ! J’ai mis l’ensemble de l’argent de la subvention dans la musique (la bande originale a été interprété par un orchestre symphonique), billet de train, nourriture, location auditorium pour enregistrer la musique. Acteurs, décors…rien n’a été payé. Louis Chedid nous a même donné une de ses chansons. Aston Martin nous a prêté une Aston, on nous a prêté une chambre de luxe pendant 1 heure (2000 euros la nuit)…et d’autres exemples. Seule chose que j’ai n’ai pas pu négocier : un avion pour une scène !

Ça c’est vraiment à retenir : une fois que tu te lances dans un projet, ça ne fait que s’amplifier !

TL films
Thomas lors du mixage de La Menace d’une Rose

Et maintenant, ton actu ?

Après j’ai déménagé sur Paris, Lyon et maintenant Annecy avec TL Films. Au bout de 10 ans, ça y est la marque est déposée, j’en suis fier après tout ce chemin parcouru. J’ai multiplié plein d’expériences : tournage en Chine, Colorado, Italie, Norvège, Suède, Autriche…

Pour résumé, mon style c’est le dynamisme et ça plaît beaucoup dans l’univers des sports mécaniques. En ce moment, je fais les vidéos de POG (star des réseaux sociaux sur le thème des supercars) et de Sarah Lezito (championne du monde de stunt). J’ai fait des vidéos Apple, Mercedes, Décathlon…avec ce même style.

tournage pog

Au vu de ton expérience, comment construire une bonne histoire ?

Tout dépend de ta diffusion, quel public tu veux toucher ? Bien sûr qu’il y a des règles quand tu veux écrire une histoire de cinéma, il faut introduire les personnages pour les mettre en scène, pour t’identifier à eux…Mais ce n’est pas une recette magique !

Dans n’importe quel format vidéo, il faut cibler ! Les gens qui disent « je veux cibler tout le monde ». Non, tu ne pourras jamais cibler tout le monde. Par exemple, pour le film d’une appli mobile : je cible les personnes avec un téléphone, je parle avec leur langage… Pour la Menace d’une Rose, c’était « un plan, une blague » donc ma cible : les personnes adeptes des films comme la Cité de la peur..

Quelles sont les étapes pour la réalisation d’un clip vidéo ? Et plus particulièrement celui de Cardri ?

Le groupe m’a contacté fin 2017, j’avais déjà fait un clip pour eux. On a mis quelques mois avant de tourner le clip. D’abord, j’ai écouté la musique, essayé de voir quelles émotions ça me procurait et quels types d’image je verrais avec ce genre de musique. Par exemple, la musique est assez aérienne, donc j’ai imaginé un tournage de nuit pour une atmosphère posée et très aérienne.

Je suis aussi allé voir leur univers artistique, pochette d’album, paroles de leur chanson. Ici le titre « Daddy issues » qui signifie les problèmes de couple, soucis.. Bien avant de budgétiser, on a fait un brainstorming pour déblayer toutes nos idées et mettre ensemble les idées et la réalisation. Une fois qu’on est tombé d’accord sur une idée et un budget, on a trouvé une boîte de nuit, une voiture, décor, un copain qui fait de la moto, photographe.  Après, tout est une question de balance : où est ce que l’on va mettre nos sous ? On aurait pu filmer en 8K, mais non, on a préféré en RED 4K et prendre un assistant. Organiser un film, c’est toujours une balance entre tes idées artistiques et les choses que tu veux faire, dans quel poste tu veux mettre du budget.

Pourquoi avoir choisi la caméra RED ?

La RED c’est la caméra que j’utilise sur presque tous mes projets. C’est un peu la caméra de prédilection de la pub en général. Avec cette caméra, il y a la possibilité d’enregistrer en RAW, ça te donne beaucoup de latitude en post-production comparé à un boitier classique où tu vas avoir beaucoup moins de choix sur la colorimétrie, l’exposition… Après c’est un tout : le grain, le 4K, le 120fps…

Je loue mes caméras, je n’achète pas, car ça évolue beaucoup trop vite. Je tourne environ trois fois par mois. Pour rentabiliser une RED, il faut la sortir au minimum 2 fois par semaine.

Prix location : 200 euros/jour pour de l’entrée de gamme. Une performante et équipée (objectifs cinémas et accessoires) ça peut monter jusqu’à 2 000/jour de location.

Prix achat, il faut compter entre 15 000 et 100 000 euros neuve selon le modèle et l’équipement.

camera red

Ça prend combien de temps pour faire un clip ?

La préparation aurait pu se faire en 2 semaines, mais elle a pris 3 mois, car on a étalé.

En préparation, c’est à peu près 10 jours, maximum 15 jours.

  • Brainstorming
  • Travail pour recherche lieux, comédiens…
  • 2 jours pour le repérage

Tournage sur 1 jour (10h-2h du matin)

En postproduction j’avais estimé à 2 semaines et j’ai passé 3 semaines, car il y a eu des retours, on a ajouté des effets pas prévus.

tournage cardri

Quelles sont les spécificités d’un clip musical ?

La mise en place des musiciens, ce ne sont pas des comédiens et c’est ça le travail de réalisateur : « où est ce que tu te places, qu’est-ce que tu fais de tes mains, qui tu regardes, à quel moment tu le regardes… » Ça se travaille avec l’expérience. Par exemple, à un moment Max est assis, il se relève et prends une guitare. Lors des 6 prises, il a dû refaire ce même déplacement. C’est essentiel quand tu veux faire des raccords dans l’axe.

Après les lèvres qui collent bien avec la chanson, le mieux c’est d’avoir un TimeCode, le son est directement enregistré sur la caméra et tu n’as pas de postsynchro.

Enfin, ne pas sous-estimer ses horaires, là on savait qu’on allait faire une journée de 10h. Pendant le tournage du James Bond, je n’avais pas pris en compte cette donnée, j’ai dormi 2h pendant 10 jours, j’étais dépassé.

tournage cardri

Est-ce que la préparation c’est plus important que le tournage ?

Quand tu débutes, OUI. Si tu arrives à l’arrache sur un tournage, soit tu as de la chance, soit tu es un méga pro, et là chapeau ! Par exemple, quand j’arrive sur un lieu, la 1ère chose à laquelle je pense, c’est où je vais placer mes caméras ? ça devient un automatisme comme la règle des 180..

Normalement, au tournage, tu appliques ce que tu as préparé.

Pour le clip, on avait déjà tout préparé, on avait visité La Cave aux Poètes, on connaissait les néons (quelles couleurs, comment les régler), on avait vu la BMW, j’avais réfléchi aux plans. Tout était super calé. Le jour J, je n’ai plus qu’à dire : on fait ce qu’on a dit la veille et l’avant-veille en répétition.

tournage cardri preparation

 Quels sont tes conseils et astuces pour les débutants vidéo ?

Il ne faut pas se dire « je ne sais pas faire » « ça ne va pas aller »Si vous avez un petit projet, faites-le ! Si t’es passionné de vélo, fais une vidéo de ton club, tu vas apprendre plein de trucs.

Comment veux-tu devenir vidéaste si tu n’as pas une caméra dans les mains ?

Ça fait 10 ans que je fais ça et j’ai encore plein de trucs à apprendre…je suis hyper curieux, plein de tutos, nouvelles technologies… Si je reste dans ma zone de confort, je ne vais jamais évoluer.

Il y a la newsletter cineaste.org, c’est gratuit. Je mets souvent des annonces dessus quand je cherche un acteur ou technicien (payé ou bénévole) et toutes les semaines, je reçois un mail avec les annonces. C’est le bulletin de l’audiovisuel en France. Il y a aussi les groupes Facebook pour quelqu’un qui n’a pas de réseau et qui débute.

Merci à toi d’avoir pris un peu de ton temps pour cette interview et d’avoir partagé cette passion avec nous !

Site web TL FilmsFacebook

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